Prendre le train en Inde

Posted by on 10 avril 2014 in Inde, Voyage | 6 comments

Prendre le train en Inde

 

Prendre le train en Inde, c’est une vraie aventure. C’est absolument indispensable tellement c’est représentatif de l’Inde…bref, un immanquable!

 

Les trains ont des noms (des noms qui font rêver, même, comme le Shatabdi Express) et des numéros – et en général, les gens les connaissent (!).

 

 

- Pour aller à Pondichéry? Il faut prendre le train n° 16858 qui part à 00h50 les mardis, jeudis et dimanches et qui met 7h.

- Ah….

(Ah ouais, quand même)

Le train n’est pas exactement un moyen de transport rapide, mais tous les Indiens le prennent: pour vous donner une idée, lors de mon dernier voyage, j’ai fait 280 kilomètres en un peu plus de 6h.

 

On y va?

 

D’abord il faut réserver son billet

 

Pas question d’arriver à la gare la bouche en cœur pour prendre le train, il faut réserver. Et parfois plusieurs semaines à l’avance, car c’est très souvent plein (en tout cas pour aller dans les grandes villes). Je vous assure que personne n’a envie de faire 6 (ou 12 ou 18 ou 25…) heures de train sans place réservée, vraiment.

Pour réserver son billet, soit c’est une agence de voyage qui s’en occupe mais c’est trop facile (quand ça se passe bien), soit c’est toute une aventure: il faut aller à la gare, demander au guichet un formulaire puis le remplir en fournissant tout un paquet d’informations. Par exemple son numéro de passeport (?!!?), la date du voyage, le numéro du train que l’on veut prendre (c’est là que ça se complique, parce que le touriste lambda que je suis n’y connaît rien, à leurs numéros de trains!), la classe voulue: il y a 6 classes différentes, avec air conditionné et sans, sièges molletonnés, banquettes ou planches en bois, avec ou sans repas … il faudrait presque un MBA (ou 2 ou 3 voyages en Inde) pour s’y retrouver. Une fois le papier rempli, la mission consiste à se débrouiller pour donner son formulaire à la personne qui est au guichet. Et parfois, il faut se battre, parce que la notion de « queue » est assez floue et qu’en gros, tout le monde agite son billet devant le guichet et essaye de se faufiler pour donner son papier: c’est assez pénible (mais en général les touristes sont bien traités, quand il n’y a pas de queue spéciale pour eux parfois on les fait passer devant). Après avoir finalement payé on récupère un billet, que l’on range quelque part où on est sûr de ne pas le perdre.

Pour les malchanceux, attention: il faut non seulement avoir un billet, mais encore avoir un billet confirmé. Si le train est plein au moment où on achète le billet, on est mis sur liste d’attente et il faut consulter la liste définitive le jour J pour savoir s’il y a eu des désistements – je plains les gars qui passent leur vie à mettre à jour la liste, l’imprimer en je-sais-pas-combien-d’exemplaires et l’afficher un peu partout dans toutes les gares concernées par le train en question (ce qui peut faire beaucoup de gares!).

bienvenue à bord

voilà le train!

 

Quand on voyage, ce n’est pas pratique de réserver ses billets plusieurs jours, voire semaines, à l’avance. Donc en plus des billets normaux, il existe un «tourist  quota » (quelques places réservées aux touristes même s’ils s’y prennent au dernier moment, qu’on peut parfois réussir à avoir), et un autre système de réservation de dernière minute, le taktal: quelques places sont mises de côté et on ne peut les réserver que pendant les dernières 24h avant le départ du train (en payant un peu plus cher). Du coup pour celles-là, il faut remplir son formulaire et le donner au guichetier en avance, puis par exemple si le taktal ouvre à 10h, à partir de 9h59 il est au taquet devant son ordi (sa bécane qui date d’au moins 20 ans…) pour commencer à saisir son tas de formulaires à 10h pile (en général un autre se met derrière lui et lui dicte, on dirait un concours de dactylo c’est marrant) et essayer d’attraper la place avant les autres guichetiers dans les autres gares qui font tous pareil…il y a au moins autant de suspense que dans les dernières minutes des enchères sur E-Bay! (J’ai testé le système à Munnar et eu le précieux billet pour Pondichéry pour le lendemain: merci mon brave!)

Petite information intéressante: sur le billet de train est écrit le prix en chiffres et en lettres, comme sur un chèque. Et en Inde, tous les prix en lettres s’écrivent: XX rupees only. Toujours. Vous imaginez si la SNCF se mettait à écrire sur les billets: Nice-Marseille, seulement 140€?!

 

A la gare

 

Donc une fois qu’on a son billet et qu’il est confirmé, il n’y a plus qu’à être à la gare à l’heure de départ prévue.

Je n’ai jamais pris le moindre train qui soit parti (et encore moins arrivé) à l’heure, mais passons, ça se fait de venir à l’heure.

Une fois sur le quai commence un ballet indescriptible: des familles entières avec bagages (ça peut faire un volume assez important!), des vendeurs de tout et n’importe quoi, boissons/nourriture/chai…des gens assis par terre, des vaches qui se baladent au milieu…bref, c’est plus animé qu’au cinéma.

 

quai de la gare à 1h du matin

quai de la gare à 1h du matin

 

à manger!

à manger!

 

joli panneau de nom de gare (toujours en 3 langues: dialecte local en haut (ici tamoul), Hindi au milieu, anglais en dessous)

joli panneau de nom de gare (toujours en 3 langues: dialecte local en haut (ici tamoul), Hindi au milieu, anglais en dessous) – on dirait le métro de Londres, non?

 

le train arrive!

le train arrive!

 

Il y a des aussi des salles d’attente dans toutes les gares, salles distinctes suivant la classe de voyage et hommes et femmes séparés. Parfois même il y a une salle spéciale avec la clim, où on peut s’installer moyennant quelques roupies de l’heure. Souvent, au mur, un tableau récapitulatif de tous les trains qui partent ou arrivent dans cette gare, avec les horaires associés.

 

horaires des trains dans la salle d'attente

horaires des trains dans la salle d’attente

 

encore des horaires

encore des horaires

 

On se trouve un petite place et on vaque à ses occupations en attendant que le train veuille bien arriver.

Le truc fort: quand le train arrive (il finit toujours par arriver!), sur la porte de chaque wagon figure la liste des passagers qui ont une place réservée dedans – la preuve en image !

 

liste des passagers

liste des passagers

 

mon nom sur la liste - presque bon

mon nom sur la liste – presque bon

 

mon nom sur la liste - cette fois c'est bon!

mon nom sur la liste – cette fois c’est bon!

Dans le train

 

En Europe, les gens qui prennent le train lisent un livre ou des journaux ou travaillent sur leur ordi pour la plupart. Dans l’ensemble, ils sont plutôt immobiles et silencieux. Les Indiens, non. Ils se lèvent, se promènent, discutent (fort, personne ne chuchote en Inde, surtout pas à 3h du matin dans le train quand on a une information capitale à transmettre au gars qui est 5 couchettes plus loin), et surtout, mangent. Festoyent serait un terme plus approprié: il faut bien s’occuper.

Des vendeurs de tout et n’importe quoi qui passent toutes les 3 minutes pour proposer boissons/nourriture enveloppée dans du papier journal/beignets/snacks/chips/cacahuètes, certaines familles ont préparé leur repas et se régalent (et vas-y que la mama sort une pile de 150 chapatis pour qui en veut (ils sont 5), les 5 ou 6 accompagnements différents, le riz, tout ça dans des tupperware-thermos pour que tout reste bien chaud…et au fur et à mesure qu’ils mangent, ils jettent par terre (ou éventuellement par la fenêtre) tout ce qui les encombre. Quand le train arrive à destination, le sol est devenu une décharge. Mais on est arrivés à destination, on s’en est pris plein les mirettes, souvent plein les papilles aussi parce qu’ils n’hésitent pas à partager, et avec un peu de chance on a réussi à dormir un peu…!

 

sièges ou couchettes

sièges ou couchettes

 

couchettes

sièges ET couchettes

 

bon voyage!

bon voyage!

 

Juste pour vous faire rêver, il y a un train qui traverse le pays du sud au nord: 70h de train, soit 3 jours (3 jours!!). Départ tous les vendredis soirs à 23h. Si vous n’aviez pas de plans pour le week-end…

Et pour finir, voilà l’ « extincteur » de la gare: j’espère qu’il n’y aura jamais le feu!

 

les extincteurs: 2 seaux de sable, 2 seaux d'eau. Servez-vous.

les extincteurs: 2 seaux de sable, 2 seaux d’eau. Servez-vous.

 

 

6 Comments

  1. Heureusement que tout n’est pas passé à la moulinette du lean! J’ai aimé ce petit tour à la gare et en train… Bisous, Béné

    • Non, je crois que les Indiens sont les champions de l’anti-lean…ce qui laisse beaucoup de place à la poésie (un peu moins à l’efficacité mais on ne peut pas tout avoir…)!

  2. Génial !
    J’ai bien rigolé en lisant ton récit !

    • Merci! Je me suis bien amusée à l’imaginer puis à l’écrire (promis, tout est vrai!)

  3. Je vais proposer le système anti incendie… on sait jamais !
    Merci pour tes récits c’est super !!!
    bises

    • Vas-y, courage, je sens que ça va pas être évident à faire passer…Mais après tout, tant qu’il n’y a pas le feu, c’est largement suffisant!
      Et derien, moi je me régale à les écrire!

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